Chers voyeurs écrans-spectateurs,
Le 16 janvier dernier, je m'en allais prendre mon train de banlieue (contrairement à Ernest-Antoine, je le rappelle aux derniers arrivés de nos usagers) quand je fus soudain saisi d’une douce sensation d’évidence. Plus qu’une
sensation : une illumination. Le genre de moment de lumière digne d’un ouvrier contremaitre cadre cadre supérieur d’E.D.F., voyez.
Cette évidence n’était pourtant pas tout à fait Thierry le fruit mûr du hasard narquois pétri
d’indifférence hostile*(1). Non.
En effet, si je me fie (et je me fie) aux dernières découvertes des savants les plus chanceux et des coiffeurs les mieux épilés, je ne peux
plus qu’envisager cette soudaine évidence comme une vérité proprement inaliénable de mon être secret.
Mais je vous devine trépignants d’impatience, et plus excités de gourmande avidité qu’un troupeau d’élus de droite passant à la télévision,
après une bourde de Ségolène Royale.*(2)
Je vais sans plus de détour vous faire partager la nouvelle. Et elle en vaut la peine, comme disait Georges-Jacques, qui n’était pourtant pas au fait de ce que je vais vous révéler.
N’ayons plus peur des maux mots.
Je suis homosexuel.
Pédé.
A l'instar de personnalités célèbres, comme au hasard (et le hasard est joueur nous le savons depuis Marseille au
moins) Brice Lalonde, le conducteur du véhicule de devant, le voisin d’à côté, Dalida ou n’importe quel ministre de la culture depuis 25 ans*(4) : oui, je suis pédé.
Et pourquoi cher AnT, me demanderez-vous ? Étes-vous pédé !?
J’y viens, j’y viens …
Mais qui êtes-vous d’abord pour oser me le demander ?
Peut-être pensez-vous être le jumeau de Batman Julien Lepers et moi un candidat fortuit en mal de
reconnaissance parcourant sans discernement le plus grand questionnaire quotidien de la troisième France télévisuelle ?
Admettons de la colle, pour faciliter l’adhérence des masses régionales les plus
réticentes.
Je vous répondrais dans un instant. Auparavant, il me faut comme en urgence rassurer toutes ces femmes qui m'aiment ou m'ont
aimé, y compris peut-être la gueuse en botte de cuir (mais pas tant que ça, je le sais à présent) que je laissais comme passivement lundi soir dernier en un restaurant fort chic mais pas
trop cher du nord-ouest parisien qu'elle me fit alors découvrir, détruire mes cigarettes les unes après les autres (ou l'inverse, je ne suis plus trop sûr vu la quantité de salive vin absorbée en ces fumeuses funestes circonstances), alors même que chaque fois qu'elle me
brisait une tige, je ressentais tout à la fois la dévastation répétée de ma tristesse cabrée et le cri aussi sonore que joyeux qu'auraient poussé mes poumons si je ne les avais au préalable
bâillonnés comme chaque matin, pour mieux étouffer leurs cris suppliants d’inquiétude asthmatique et cancéreuse dans un silence contrit frisant la constipation buccale.
Mesdames, Mestravestis, Mestransformistes, j'en passe et autres animateurs de supermarché télévisé : NON, je ne suis
pas devenu homo.
Enfin, pas à plein tube temps. Ni même à mi-temps, ceci précisé pour le bien-être des commentateurs
de football qui pourraient s’égarer ici, en double file, au lieu de commenter à heure de grande écoute et de petite vue les tentatives de reproduction en masse pourtant de mémoire d’homme
toujours infructueuses des enshortés de Marseille ou de Paris devant un public aussi bêlant qu’acquis à la cause grégaire, dont certains sont pourtant des coiffeurs diplômés.
Non.
Je ne suis homosexuel, à la vérité, que très ponctuellement.
Quand je baise un homme, surtout.
Car non content de les embrasser*(5), je les baise, moi, les hommes.
De bises sonores, sonnantes et parfois trébuchantes*(6), nonobstant le fait que je
m’honore de n’être pas en affection avec ces demis-baiseurs qui tentent parfois de nous polluer la joue de leurs liquoreuses salives étrangères ni sollicitée, ni même bienvenue.
Enfin. Je ne baise pas tous les hommes. Non.
Je ne suis ni Rika Zaraï, ni Gloria Lasso, ni Pascal Sevran : rayez la mention
l’inutile*(7).
Non, ne vous déplaise, je ne les baise pas tous, et pas tout le temps non plus.
Le banquier*(8), par exemple, comme l'assureur, je ne le baise pas.
Non.
C'est lui qui me... Enfin qui nous ... Passons voulez-vous ? Merci…
Non.
Je ne baise que les hommes que j'aime. Et ils sont à peine plus nombreux qu'une équipe de basket, alors, et l’anecdote est
savoureuse vous allez comprendre, qu’aucun ne joue – à ma connaissance – à ce sport.
Je ne baise que les hommes que j’aime. Tout comme Bruel Brel qui affirmait jusqu'avant sa mort trop précoce une tendresse toute singulière pour certains hommes, je pratique moi aussi l’exhibition
publique*(9) pudique de mon affection pour certains de mes capricornes
gémeaux jumeaux mais pas trop d'équation chromosomique : Monsieur XY.
Ainsi, « le G », Yann, Polo, Rino, Guy ou bien encore Jean-Marc et Jean-Luc (et pas
Jean-Cul) pour ne citer que les mieux plus baisés d'entre eux pourraient en témoigner, si je les laissais faire, ce dont il est bien sûr
autant hors de question qu'hors de réponse, comme dirait le sus-cité Julien Lepers, s'il le disait le bougre au lieu de vendre chaque soir, image à l'appui, son produit miracle pour transformer
un tissu capillaire aléatoire en publicité subliminale pour woolmark sans laisser trainer le moindre mouton de démonstration sous ses godasses.
Je suis donc bien homo.
C’était ça, le message du jour …
Remarquez...
J'y pense soudain ...
Je suis lesbienne pratiquante, aussi...
Il faudra que je vous en parle, mais un autre jour. Je suis pour le moment occupé à reconstituer avec un peu de colle et beaucoup de
patience trois mégots pulmonairement exploitables à partir de 10 cigarettes déchirées, et maudire mais pas trop l'Aube et ses prénoms circonstanciés...
A l'année prochaine, peut-être ?
Et bonjour chez vous ...
AnT, de chez Smith en face, amateur de pipe vindicatif
xxx
PS : je présnete mes excuses pour la profusion de photographies. Je ne sais résister à une supplique circonstanciée de mon ami Gilbert
Montagné.
PPS : la vérité du Coming-out a déjà été exprimée lors du "questionnaire à
caractère sexuel" du début. Vous étiez pourtant prévenus. Je vous trouve confandants de naïveté, mais comme je suis enpreint de mansuétude je vous pardonne. Ne pleurez plus.
PPPS : samedi, vous trouverez ici les lignes les plus intimes publiées depuis, au moins, celles se promenant avec Katie Melua. Enfin, si je ne meurs pas d’ici là...
** BONUS **
Carnet mondain : l’abbé Pierre est mort. Je sais, cela
ressemble à du réchauffé à présent, mais je n’y suis pour rien s'il est froid. Il m’était sympathique : il n’aimait pas les labradors.
Nouvelle fraiche : Jean-François Deniau est mort aujourd'hui.
Patientons avant d'en dire du mal : il n'est pas encore froid.
Nouvelle histoire naturelle : M. Hulot est en vacances depuis mardi...
*(1) et si vous savez à quoi ressemble un « hasard narquois pétri d’indifférence
hostile », veuillez je vous prie me le signaler séance tenante, car pour ma part, je sèche…
*(2) le premier qui dit « ouep, chaque jour, quoi » se fera taxé d’antiroyalisme
primaire, alors qu’il suffit de bien écouter la suffragette pour entendre deux, sinon trois saillies issue de sa "bravitude" quotidienne …
*(3) Mon métier n’est pas « la nuit » et je n’appartiens pas, contrairement aux
apparences, à l’univers des gens du spectacle ou à celui, à peine différent on en conviendra, des serviteurs du culte.
*(4) sauf peut-être Philippe François Léotard, que
nous savons tous polysexuel, mais ça lui vient du séminaire …
*(5) embrasser : terme signifiant je le rappelle aux plus limités de mes lecteurs des utilisateurs du nain Robert Nichon grammatical petit Robert, qui persistent à
le confondre avec « baiser » : « prendre dans ses bras ».
*(6) trébuchantes surtout quand ma main s'égare sur la fesse droite du damoiseau, ce qui ma
foi est fort rare, et assurément fortuit j'te l'jure sur la tête de ma coiffeuse, qui n'est pas toujours commode.
*(7) si vous ne trouvez pas de mention inutile, vous pouvez toujours biffer le certificat de
naissance de votre animal de compagnie préféré. Un acte certes assez inutile et peu signifiant, mais gageons que ça fera vous de la conversation pour plus tard chez le vétérinaire.
*(8) « Les banquiers sont des gens qui vous prêtent un parapluie quand il fait beau, et
vous le reprennent quand il pleut ». (Charles Dickens, météorologiste et financier de la fin d’un siècle anglais oublié.)
*(9) et ne venez pas relever ce que vous croyez être un pléonasme, car je m’exhibe aussi en
privé. Et toc ! Tu fais moins le malin, lecteur qui croyait pouvoir faire le malin…
** MALUS **
Les affreux de la création (ces moments inoubliables qui ne furent finalement pas été qualifiés à la publication finale groupons-nous et demain l’internationale sera le genre Humain) :
*() en effet, mon vrai métier n'est pas la nuit. Pour moi, la nuit n'est qu'un personnage de Tolkien
Hobby. Et je suis de plus Belle de jour. Sérieux
** fin de l'épisode **
(vous pouvez à présent éteindre votre ordinateur : il ne fera plus que vous décevoir d'ici à samedi...)
Aristarques